Moins et moins

11 mars 2011. Un tremblement de terre de magnitude 9,0 secoue le pays du Soleil Levant, engendrant un tsunami qui dévaste l’île d’Honshu. Les morts, les disparus et les blessés se comptent par milliers ; en l’espace de quelques heures, d’innombrables japonais ont tout perdu.
Bien que cet événement ait été considéré à chaud comme la plus grande catastrophe de l’histoire du Japon avec le séisme de Kobe et l’attaque nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki, un drame plus terrible encore se profile : ce même 11 mars, à dix-neuf heures et trois minutes, le gouvernement japonais déclare officiellement que le pays est en état d’urgence nucléaire. Le flegme japonais, pourtant légendaire, commence à se fissurer.

En effet, la violence du séisme a provoqué un arrêt des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Coupées d’électricité, les piscines de refroidissement des éléments nucléaires n’étaient plus alimentées. De plus, l’espace de confinement de certains réacteurs furent également endommagés, laissant les déchets radioactifs presque à l’air libre.
La contamination environnementale était inéluctable, malgré les efforts des pompiers pour tenter de refroidir les centrales.
Les occidentaux se sentirent très concernés par cet événement : ils évaluèrent le séisme comme « le plus onéreux de l’Histoire ».

***

7 avril. 23 heures. Yakajima Rinri se glisse entre ses draps, exténué, et ferme les yeux. En tant que capitaine de la section de pompiers surnommée « Les Cinquante de Fukushima », il n’a pas eu de repos depuis plusieurs jours. Des heures passées à pomper l’eau de mer afin de refroidir les réacteurs des centrales nucléaires éventrées. Un travail qui serait épique s’il n’était aussi vain ; car leurs efforts, ils le savent, ne permettront pas d’empêcher les radiations de se répandre dans l’environnement, et eux seront les premiers touchés. Ils sont sacrifiés pour le bien temporaire de leurs compatriotes. Ils le savent et ils l’acceptent.
Ils sont japonais.

C’est à peu près au moment où Rinri finit par repousser les images de fumées noires parasitant son esprit pour sombrer dans l’étreinte douce du sommeil qu’un nouveau séisme, de magnitude 7,4, se déclare. Et aussitôt les réflexes appris dès le plus jeune âge font surface : il ouvre la porte de sa chambre, débarrasse une table de tous ses objets et se réfugie dessous avec son épouse.
Il tente de la rassurer ; au fond de lui, avec les événements récents, il sait qu’un nouveau tsunami pourrait réduire à zéro leurs chances de sauver les meubles à Fukushima. Et il attend, sous la table, que la terre daigne arrêter de trembler, et son immeuble tangue, tangue, d’avant en arrière, l’édifice de béton vacille comme un bateau sur les flots déchaînés. C’est comme quelques minutes hors du temps pendant le séisme, l’aiguille hors du cadran, rien n’existe que l’espoir de survie. Il n’y a rien à faire, rien à voir, simplement serrer les dents et attendre. L’impuissance est l’essence même de la tragédie.
Enfin tout s’arrête.
Le téléphone sonne, comme si par politesse il avait attendu que son possesseur soit moins occupé. Rinri décroche.
-Moshi moshi.
-Chef, c’est incroyable.
-Quoi ?
-Le séisme a réparé la centrale.

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2 commentaires pour Moins et moins

  1. K dit :

    C’est vraiment pas mal du tout.

    Quelques fautes de style par-ci par-là, mais c’est vraiment du bon.

  2. Et une bonne bombe H pour réparer Tchernobyl ?

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